Depuis le printemps, les vagues de chaleur à répétition provoquent une sécheresse intense en Vendée. Dans le marais breton vendéen, entre la Baie de Bourgneuf et les plages de Saint-Jean-de-Monts, il n’y a presque plus d’eau. Par endroit, le marais se retrouve même à sec. Une catastrophe pour l’agriculture locale où 3 400 salariés travaillent dans le domaine agricole.
Le port du Bec en Vendée est fascinant. Comme d’autres ports sur la côte Atlantique, il est soumis aux marées. Aussi appelé « port chinois », il est le plus important du département pour la culture de l’huître. Chaque année, 10 000 tonnes de mollusques sont débarquées ici.
Mais ce port à une autre fonction. Tout au bout, Sébastien, casquette vissée sur la tête, manœuvre l’écluse du port.
Le Bec, porte d’entrée du marais salé
On prend de l’eau salée pour alimenter le marais salé » explique Sébastien. Plusieurs fois par mois, quand la marée remonte, l’écluse du port du Bec est ouverte pour charger en eau de mer un premier réseau d’étiers dans le marais breton vendéen.
Le marais, construit par l’Homme, est utilisé pour l’agriculture et comme clôture naturelle pour les champs des éleveurs de vaches notamment. Mais cette année, le niveau de l’eau dans le marais salé a baissé d’après Sébastien : « Du fait des grandes chaleurs et de l’évaporation forcément le niveau baisse. Je regardais hier, en une semaine on a perdu 4 centimètres. On constate en bout de réseau, qu’on a du mal à alimenter des étiers, un peu envasés, même en chargeant le bassin de chasse ».
Un marais à sec, des agriculteurs sur la paille
Parmi les professionnels du marais breton vendéen salé il y a les agriculteurs. Christian élève 130 vaches. Dans ses prés, entourés d’étiers salés, l’herbe sèche craque sous les pieds. « Pour tous ceux qui ont des animaux, cette eau ne peut pas servir d’abreuvement. Ce qui nous oblige à avoir des abreuvoirs creusés dans l’argile, qui se remplissent en hiver avec l’eau de pluie. Cette eau nous sert toute la saison ».
Dans l’abreuvoir juste à côté, il ne reste plus rien. La terre est toute craquelée.
« Aujourd’hui y’a plus d’herbe, on est obligé de piquer dans les stocks de fourrage. C’est comme si on était en hiver où on doit apporter [aux vaches] de la nourriture et de l’eau. Quand il fait chaud, un bovin peut boire jusqu’à 100 litres d’eau. De l’eau qu’on a pas donc c’est puiser dans l’eau potable dont on aura besoin peut-être dans les jours qui viennent »s’inquiète Christian.
Certains de ses collègues éleveurs ont même vendu des bêtes pour limiter l’impact financier.
A l’Est même constat : l’eau manque aussi
Le marais breton vendéen est donc alimenté à Ouest par l’océan et à l’Est par de l’eau douce. Pour résumer, l’eau de la Loire, 30 km plus au nord, est pompée puis acheminée dans la partie douce du marais. Mais cet été le niveau de la Loire est au plus bas et n’alimente plus autant les étiers. Les pluies qui rechargent aussi la partie douce sont rares en ce moment.
Brigitte de Labrosse est depuis douze ans la présidente du syndicat des marais de Bois-de-Céné et Châteauneuf. Elle constate un déficit de pluie : « Dans une année normale vous avez 850 millimètres d’eau qui tombent. Là, depuis le premier janvier on eu 200 millimètres. Par rapports aux années précédentes, on est dans une année dramatique. Beaucoup de maraîchins sont très inquiets ».
Même sans pluie, des étiers à sec peuvent être évités
Tout est une histoire de vase. Cette terre craquelée c’est le résultat d’une importante couche de vase sèche. Un peu à la manière d’une plage de sable que l’on creuse jusqu’à trouver de l’eau. La solution pour conserver de l’eau dans les étiers est de retirer la vase qui s’entasse au fur des années.
Le curage des étiers à un coût pour les propriétaires. En moyenne 2,50€ du mètre linéaire. Pour réaliser ces travaux, le syndicat de marais propose une aide financière.
Reportage réalisé pour NovFM, août 2022, présenté au Prix Varenne 2022

